La retraite

traces
Or, c'est à cela que vous avez été appelés, car le Christ aussi a souffert pour vous, vous laissant un modèle afin que vous suiviez ses traces, [1P 2,21]

« Je la conduirai au désert et je parlerai à son cœur »  Osée 2,16

Oser la Rencontre en vérité, le face à face avec Dieu, c'est ce à quoi la Communauté de l'Emmanuel invite les jeunes célibataires de 25 à 30 ans chaque année depuis plus de 20 ans.

De quoi s'agit-il exactement ? 12 jours de marche au cœur d’un vaste espace où la majesté de la nature élève l’âme. Il s'agit ici d'une retraite fondamentale. Du genre de celles qu'on ne fait qu'une fois dans sa vie. L'objectif est de prendre du temps pour soi et pour Dieu à l'écart du monde, des activités et des contraintes quotidiennes pour apprendre à vivre davantage en vérité devant Dieu et son projet de bonheur pour nous.

Cette retraite nous emmène au cœur d'une nature à la fois foisonnante et aride, au début de l’été sur un haut-plateau entouré de montagnes, mais aussi au cœur de nous-mêmes pour (r)établir une relation intime avec Dieu dont la présence n'est perceptible que « dans la voix d'un silence subtil » 1 Rois 19,13. Ce « break » dans un rythme de vie effréné est essentiel pour mieux se connaître, pour discerner un choix de vie ou mûrir une décision importante.

Avant de se fixer plusieurs années en Égypte dans le désert du Sinaï avec la fameuse montagne de Moïse, la retraite a connu plusieurs lieux (Algérie, Tunisie…). Dans le contexte aléatoire des situations géopolitiques au Moyen-Orient, elle s'est déplacée dans le désert du Sahara au Maroc, puis dans le désert du Wadi Rum, en Jordanie. Le bon Dieu ayant plus d’un tour dans son sac, la Providence a finalement conduit l’équipe d’animation jusqu’aux confins d’un pays aussi magnifique que profondément chrétien : l’Arménie. Nous arpenterons les vallées, collines et monts qui bordent le lac du parc naturel d’Arpilic, au nord-ouest de ce pays qui a embrassé la foi il y a plus de 1700 ans.

Ressemblant un peu à un trek, le « Sinaï » est plutôt une école de prière personnelle dans la simplicité d'un lieu naturel protégé, sobre, beau et majestueux, rigoureux parfois, à l'écart de tout élément superflu (téléphone portable, maquillage, montre...). L'un des ingrédients clés de cette retraite est la marche que l'on fait en grande partie en silence.

« Le Sinaï » cette année rassemblera 85 participants réparties sur 3 routes indépendantes. Chacune de celles-ci sera guidée par deux prêtres, un couple et une sœur consacrée, tous membres de l'Emmanuel, ainsi que trois jeunes anciens « sinaïens ». Une originalité de cette retraite est en effet qu'une dizaine de jeunes l'ayant vécue reviennent en service pour assurer son organisation logistique l'année suivante. Tout est donc fait pour permettre aux participants de vivre la confiance et l'abandon. Voilà les maîtres-mot de cette retraite qui porte chaque année de très beaux fruits pour chacun : rencontre personnelle avec le Christ, nouvel élan spirituel, décisions de choix de vie personnels (mariages, vocations sacerdotales ou religieuses) ou professionnels... et l'on peut encore découvrir ces fruits de nombreuses années après !

Alors, en avant pour la prochaine édition du « Sinaï » du 24 juillet au 4 août 2017 !

Trois questions au Père Philippe ROCHAS

Le Père Philippe ROCHAS, curé de paroisse à Marseille et membre de la Communauté de l'Emmanuel, coordonne la retraite depuis 2 ans.

Quel est l’enjeu fondamental de cette retraite pour les jeunes ?

Nous vivons dans un monde d'agitation et de bruit. Les distractions incessantes de la radio, de la télé, des loisirs audio-visuels, des sms, mails, posts facebook et autres tweets ne cessent de tourbillonner autour de nous. Les jeunes pros qui participent à la retraite sont souvent pris dans ce brouhaha parfois destructeur pour leur intériorité, et ils se sentent souvent dés-orientés: rien de tel qu’un voyage dans un paisible pays d’orient, pour nous ré-orienter sur l’essentiel. L'enjeu est simple: restaurer le silence intérieur en se dépouillant de tout ce qui les empêche d'écouter Dieu qui parle « dans la voix d'un silence ténu ». Dans cette perspective, la prière du cœur et le silence sont des moyens essentiels pour retrouver l'intimité avec le Maître intérieur, le Christ.

Quelle expérience pastorale en retirez-vous ?

Depuis plusieurs années j’avais entendu de beaux témoignages sur les fruits de cette retraite. Je vous avoue qu’au début je la considérais comme un luxe pour jeunes cathos lassés des exigences du quotidien et en quête de tourisme exotique à la sauce chrétienne. J’ai vite changé d’avis lorsque j’ai moi-même participé à la retraite Sinaï pour la co-animer. J’y ai été témoin de véritables petits miracles : dans le cœur des retraitants, dans les évènements vécus ensemble et les rencontres qui ont lieu entre eux, et aussi dans les fruits qui en découlent au fil des mois où ils reprennent leur vie « normale ».

La retraite au désert est toujours décapante - y compris pour les prédicateurs ! Dans les premiers jours, elle peut être déstabilisante car l'on se retrouve seul face à soi-même et face à Dieu. La pédagogie progressive de la retraite « Sinaï » aide chaque jeune à entrer avec courage et confiance dans un cœur à cœur avec le Seigneur. Cette ouverture progressive des cœurs pour accueillir l'amour de Dieu qui frappe à la porte de chacun (cf Apocalypse 3,20) pour y déposer les trésors de sa grâce, c’est un émerveillement!

Comment percevez-vous les attentes personnelles et spirituelles des jeunes de 25-30 ans que vous accompagnez dans cette retraite ?

Je suis touché de percevoir un grand désir d'authenticité, une générosité profonde et une soif de sens chez beaucoup d'entre eux, l’aspiration aussi à une vie utile. Leur désir de bonheur, parfois au cœur de situations très compliquées ou d’histoires blessées, les conduit à chercher « plus de sens » à leur vie personnelle, professionnelle et sociale. L’Eglise les aime et parfois ouvre leurs yeux sur de nouveaux engagements concrets ou de nouvelles manières de vivre, qui permettent à leur enthousiasme de se déployer, de manière insoupçonnée au départ. C’est édifiant pour nous prêtres d’être ainsi témoins d’une « nouvelle naissance » pour tel ou tel. Et puis certains sont de vrais chercheurs de Dieu, dont le parcours vérifie la belle et toujours actuelle formule de St Augustin : « Seigneur, notre cœur est sans repos tant qu'il ne repose en Toi ». Ce repos de l’âme n’est d’ailleurs pas un sommeil, et il en engendre, de l’action... avec une fécondité étonnante à la clé.